J’me voyais déjà

Chansons maçonneuses

Sur l’air de “Je m’voyais déja”, chanson de Charles Aznavour.

Paroles de Julio

1

Dès mes 5 ans, j’ai quitté les colonnes
Pour voyager vers des orients lointains
J’ai visité des ateliers sans hommes
J’ai travaillé à des rites égyptiens.
Chez Sœur Lili, pour fêter ma carrière
J’ai fait broder ce cordon canari
Les décors, la Veuve et deux trois sœurs esseulées
Ont eu raison de mes économies.

2

J’me voyais déjà Président de l’Ordre
Sous voûte d’acier et maillet battant j’étais accueilli
J’me voyais déjà à donner des ordres
A des Vénérables qui n’étaient pour moi que des apprentis
J’étais le plus grand des Sérénissimes
Même les 33° du Suprême Conseil m’accueillaient debout
J’étais tout en haut de la pyramide
Nul ne portait mieux que moi ce sautoir pendu à mon cou.

3

Ma pierre s’est fêlée bien sûr sous de maints taillages
Mais le geste est là, mes coups sont précis et j’ai du ressort
Mes sens ont faibli un peu en prenant de l’âge
Mais sur le métier, j’connais les outils et je planche encore.
Rien que sous mes pieds, de tenir l’équerre
Et voir devant moi des frères éblouis j’ai le cœur battant
Je perçois toujours un maigre salaire
Mais au fond de moi je suis sûr pourtant d’être méritant.

4

Ce cordon bleu, y’a trente ans que j’le porte
Et mes gants blancs sont bouffés aux 10 doigts.
Pour être élu j’ai écouté aux portes
J’ai intrigué, j’ai dit n’importe quoi.
Je n’ai connu que des plateaux faciles
Des loges bleues qui étaient sans éclat
J’ai tenté d’essaimer pour porter un cordon
J’ai spéculé sur mon initiation.

5

J’me voyais déjà paraître à la Une
Des plus grands hebdos et dans Paris-Match en photo couleur
J’me voyais déjà signer de ma plume
Des déclarations reprises au journal télé de 20 heures.
Je représentais si bien l’Obédience
Que la République braquait sur mon nom tous ses projecteurs.
Je parlais si fort avec éloquence
Que j’épouvantais les vols de corbeaux et les imposteurs.

6

J’ai tout essayé pourtant pour monter en grade
J`ai fait les convents et j’ai fréquenté les loges de Paris
Si tout a raté pour moi, si je suis en rade
Ce n’est pas ma faute mais celle de mes maîtres qui n’ont rien compris.
Je n’aurais jamais eu droit au Chapitre
D’autres ont réussi avec peu de foi et beaucoup de bruit
J’étais trop secret, muet comme une huître
Mais un jour viendra je leur montrerai… celui que je suis!