Le Tronc de la Veuve

CABOTINAGE

Piécettes de théâtre : Galu Imperator, Tronc de la Veuve,
Parodies de rituels : Franc-Glouton, Rituel des voyous, Rituel d'ouverture du bar, Ordre des Mopses, Tuilage selon Béru
Sketchs : Essaimage, Le funambule, Le secret, Bons et Mauvais Maçons, Cours préparatoire, l'Affilié, Orient Éternel, Salle d'attente, 
Post Mortem, Dispute, Interview, Remords, Silence de l'Apprenti, Drame dans les Parvis, Intérim, Interob, Tout est en tout

A QUELLE VEUVE LE TRONC ?

Description de l'image

Piécette en alexandrin de Dominique Duprez et Henry L

Créé au Premier Festival d’Humour Maçonnique – Aix en Provence : 2011

Personnages :

Salomon, Isis, Balkis (Reine de Saba), Madame Hiram mère.

Un récitant.

Le Récitant :
Vénérable Maître et vous tous mes Frères et Soeurs
D’obédiences diverses mais tous de bonnes mœurs
Vous ne manquez jamais lorsque le tronc circule
D’ajouter votre obole au modeste pécule
Qui ira à la Veuve apporter réconfort.
Savez vous qu’il s’agit d’un énorme trésor ?
Faisons si vous voulez la multiplication
130 247 Francs Maçons.
En France seulement, soulignons bien la chose.
En comptant à 10 Francs la pièce qu’ils déposent
Dans le tronc 20 fois l’an, cela nous fait en Francs
Vingt six Millions quarante neuf mille quatre cents.
Nous parlons là bien sûr de Francs lourds et nouveaux,
Ou si vous préférez 4 Millions d’Euros.
Ce fabuleux trésor constitue une manne
Qui vaut bien, en ces temps, qu’une veuve se damne.
Le bon roi Salomon, sage en son jugement,
En reçoit trois ce jour devant ce parlement.
Qui chacune prétend être la légitime
A qui doit revenir jusqu’au dernier centime
Le contenu des troncs, car elle est dans la m…
Et qu’il n’est pas question que cet argent se perde.

Salomon :
Devant nous Salomon, comparaissent ce jour
Madame Isis, veuve Osiris l’astre du jour.
Elle vient de Memphis faire sa plaidoirie.
Veuve de Tyr, de la tribu des Nephtali,
Madame Hiram mère prétend nous réclamer
La somme qu’à son fils nous n’aurions pas payée.
La troisième dame enfin est Reine de Saba
Et se dit veuve aussi sous le prétexte bas
Qu’elle partagea la couche du regretté Hiram.
Vous avez la parole ; je vous écoute, Mesdames.

Isis :
Vous que l’on nomme ici les Fils de la Lumière,
De votre mère Isis vous pouvez être fiers.
Fidèle au souvenir de mon défunt époux
Que son frère découpa en de tout petits bouts,
Je travaille sans relâche à ce puzzle complexe.
J’en ai tous les morceaux : il me manque le sexe.
Rechercher des morceaux et sur l’eau et sur terre
N’est pas un tri marrant mais bien une galère.
D’autant que pauvre veuve ayant à charge Horus,
J’ai perdu mon argent avec de l’emprunt russe !
Il me manque un morceau de ce pauvre Osiris
Pour qu’il repose entier sur la terre de Memphis.
Donnez moi les moyens de continuer ma quête :
Envoyez moi l’argent de toutes les loges qui quêtent.

Le Récitant :
Pour rendre à Osiris tout’ sa virilité
S’il faut payer, madame, une rente à l’année
De 4 Millions d’Euros, c’est un bien lourd tribut
Que ne justifient pas les plus beaux attributs.

Mme Hiram mère :
Chassez donc hors du Temple cette dame de Memphis.
Cet argent est à moi, car Hiram, c’est mon fils !
C’est moi qui l’ai conçu au cours d’un trip à Tyr.
Et mon si bel enfant, il a voulu partir,
Il a quitté sa mère, la laissant éplorée
Pour s’en aller construire des demeures sacrées.
Des Maîtres bâtisseurs j’ai conçu le premier,
Et tous les Francs Maçons me doivent un denier.
Nourrissant de mon lait cet enfant tant chéri,
Mon sein je l’ai donné à la Maçonnerie.

Le Récitant :
Cachez ce sein, madame, de l’innocent regard
Des Frères que réunissent l’Amitié et les Arts.
La mixité ici n’y est qu’occasionnelle
Et la soudaine vue d’une paire de mamelles,
Fut elle nourricière de leur bon Maître Hiram
Serait à l’origine d’un satané ramdam.

Balkis :
Mais faites donc la taire, cette folle hystérique.
Car c’est pour moi Balkis que Hiram à la trique
Mena ses ouvriers pour construire l’ouvrage
Qui devait à jamais traverser tous les âges.
Il l’a bâti pour moi, il l’a fait par amour
Et devant tous ici je le dis sans détour
Si vous vous réclamez porteur de sa mémoire,
A celle qu’il a aimé, offrez donc dès ce soir
Le fruit de vos efforts. Je saurai l’employer.
Toutes les grandes reines : Jeanne et Diane de Poitiers
Et dans la République les 2 veuves de Tonton
Ont pour leur bonnes œuvres une sort’ de pension.

Le Récitant :
Voilà bien un discours de grande courtisane !
D’abord elle se couche, ensuite elle pavane.
Il est temps maintenant, Salomon, de juger.
Notre tronc de la veuve, à laquelle l’octroyer ?

Salomon :
Tu es très belle Iris, et tu es jeune encor.
Nul besoin de parure, diamant, argent ou or.
Au concours de beauté de la ville de Memphis,
Tu seras Miss Raïm ; et tu auras des fils
Qui dans les temps futurs toujours t’honoreront.
Pour ton seul souvenir, ils se réuniront.
Ne t’arrêtes pas ainsi ; continue ton voyage.
De l’argent pas besoin : je t’exclue du partage.

Isis :
Voyager sans argent, il croit que c’est facile
Toujours faire la manche, et tendre la sébile.
Avec pour seul viatique mon très vieux passeport,
Je serai la madone de vos aéroports.

Salomon :
Et toi Balkis, saches que la noblesse
N’est pas uniquement une histoire de fesses.
Tu évoques le travail de tous les ouvriers
Crois tu que d’un salaire ils soient tous assurés ?
Tu seras reine, Balkis, la reine du reggae.
Le monde entier dansera sur l’air de Bob Marley.
Être de la jeunesse toujours l’inspiratrice,
Vaut mieux que de toucher une part des bénéfices.

Balkis :
Et dire que pour me prendre le peu de la vertu
Qu’il me restait encore’, à mes pieds je l’ai eu…
Déjà ne pas avoir ma part de la caillasse,
Mais penser que le tout est pour cette radasse.

Salomon :
Te voilà donc debout, ô mère courageuse.
Mater Dolorosa, vouée au rôle de pleureuses.
Ô combien de Pieta devant les ossuaires,
Femmes du Kosovo, folles de Buenos Aires
Comme toi simplement veulent reconnaissance.
L’argent ne remplaça pas une éternelle absence.
Sache que ton fils est mort sans livrer son secret.
Garde le souvenir, sans demander de prêt.

Mme Hiram mère :
Tu me parles de haut, car tu portes une paire
De gants qui te sépare d’un monde trop vulgaire.
Je n’aurai rien, mais moi, je peux te l’affirmer
Ton Temple, ta bâtisse, va bientôt s’écrouler.

Le Récitant :
Salomon a coutume de trancher dans le vif.
Les voilà toutes trois payées au même tarif,
Et pour dire le vrai toutes trois éconduites.
Que va-t-il faire du Tronc : nous attendons la suite.

Salomon :
Décidons maintenant que faire de ce pactole
Sans cesse alimenté, c’est vrai, par vos oboles.
Surtout que tout se sache, se fasse dans la clarté.
Ici pas d’argent sale au mont de piété.
Créons donc un principe, une veuve symbolique,
Ensuite qu’ils se débrouillent : la raison ils pratiquent.

Le Récitant :
Et l’argent continue, chaque tenue de tomber.
Quel casse tête chinois que d’être trésorier.
Cinq mille ans que ça dure, que se posent les questions
A quoi est employé, à quoi sert ce pognon ?
Cependant vous mettrez votre main à la poche
La solidarité se donne sans reproches.
L’oeil de la veuve est là, au fond du Tronc tapi.
Il surveille, il attend, et nous, nous avons dit.