Dispute

CABOTINAGE

Piécettes de théâtre : Galu Imperator, Tronc de la Veuve,
Parodies de rituels : Franc-Glouton, Rituel des voyous, Rituel d'ouverture du bar, Ordre des Mopses, Tuilage selon Béru
Sketchs : Essaimage, Le funambule, Le secret, Bons et Mauvais Maçons, Cours préparatoire, l'Affilié, Orient Éternel, Salle d'attente, 
Post Mortem, Dispute, Interview, Remords, Silence de l'Apprenti, Drame dans les Parvis, Intérim, Interob, Tout est en tout

Sketch

(Auteur : Julio)

 

Créé au Deuxième Festival d’Humour Maçonnique , Aix en Provence 2013

Un couple. Le salon. Lui (maçon) est assis et bouquine. Elle (profane) est devant son miroir, termine son maquillage, se passe du rouge à lèvres, prend son sac et s’apprête à sortir.

Lui : Tu t’en vas ?

Elle : Oui, je vais au théâtre.

Lui : Tu vas au théâtre ! Ce soir ? C’est pas possible ! Tu ne peux pas sortir !

Elle : Elle est bien bonne celle-là ! Est-ce que je t’empêche d’aller à tes tenues, moi ? D’ailleurs tu m’expliqueras pourquoi tu en as deux par semaine alors que Georges n’en a que deux par mois, lui.

Lui : Les Hauts Grades…

Elle : Ah ! Elles sont mignonnes, les haugrades ?

Lui : C’est pas possible que tu sortes ce soir ! Qui va préparer le dîner ?

Elle : Alors ça, mon cher… tu as des œufs durs dans le frigo et le reste de la pizza que nous devions partager hier soir… si tu n’avais pas été retenu par le Frère Machin qui devait te remettre je ne sais quel truc symbolique pour je ne sais quelle affaire érotique…

Lui : ésotérique ! Pour ce qui est de l’érotisme, tu ne ferais pas mal de t’initier.

Elle : on peut pas dire qu’en ce domaine tu fasses toi-même preuve d’imagination.

Lui : De l’imagination ? Ah ! Pour mieux vous comprendre, les femmes… j’aimerais jouir d’un orgasme féminin !

Elle : Moi aussi !… mais peut-être que de jouir, ça me fermerait définitivement la porte des loges Féminines… en tous cas, ça ne m’aiderait pas à mieux comprendre ta Franc-maçonnerie.

Lui : comprendre quoi ? Ce serait vain de t’expliquer.

Elle : je sais ! Je suis trop conne ! (elle l’imite) « Tu n’as pas l’âge pour comprendre… » Elles ont quel âge, tes frangines, pour comprendre ? à voir la photo qui était jointe à l’un de tes mails, elles n’ont pas toutes 100 ans et plus comme tu le prétends…

Lui : tu ouvres mes mails ?

Elle : et sans mot de passe, ni mot de semestre !… dis, la  photo de cette Sœur, tu vas la faire développer?

Lui : non ! mes SS., je les tire moi-même… mais parlons de ce soir ! Tu m’avais promis de préparer le dîner pour mes Frères…

Elle : Le dîner pour tes Frères ? J’ai promis ça, moi… ?

Lui : Tu ne te souviens pas ? L’autre soir…  en rentrant de tenue. Tu dormais devant ta télé… je t’ai réveillée… je t’ai dit que j’avais invité à dîner les FF de mon Collège d’Officiers.

Elle : des officiers ! On t’a fait Général ?

Lui : C’est pas le moment de plaisanter. Dans une heure ils arrivent… je t’ai même proposé de leur faire une choucroute !

Elle : Tu as dit chou-croute ? J’ai du entendre « chou », « mon petit chou »… alors j’avais rêvé ?

Lui : Tu le fais exprès, non ? Tu te moques de moi ? … qu’est-ce que je vais leur dire à mes frangins ? Que tu as refusé de préparer notre repas pour t’en aller au théâtre ? J’aurai l’air de quoi ? Qu’est-ce qu’ils vont penser de la femme de leur Véné ?

Elle : Ah ! Je suis femme de Véné ? C’est quoi, une femme de Véné ? C’est moins profane qu’une femme de Compagnon ? (un temps) Voilà ! C’est ça ! C’est un compagnon qu’il me faudrait, un vrai, pas symbolique, un qui ne me dit pas qu’il est minuit quand il rentre à deux heures !… « La femme du Véné est couchée ! » tu leur diras ! Elle est au lit avec un lumbago… non… une forte migraine. Au cas où ils me croiraient au lit avec un Espagnol !

Lui : ça marchera pas. Trop risqué ! Si je prétends que tu es malade, Jean-Paul voudra forcément te voir, t’ausculter… je vais lui interdire l’entrée de ta chambre ?

Elle : Ah ! Ton frère toubib sera là ?

Lui : Oui, Jean-Paul sera là…

(Elle se calme, se tait, réfléchit, hésite à sortir…)

Lui : tu n’as plus la migraine ?

(Elle se ressaisit)

Elle : Je n’ai pas la migraine… je vais au théâtre !

Lui : T’es qu’une emmerdeuse ! Tu me cherches des histoires chaque fois qu’il s’agit de maçonnerie !… Il faut que je les fasse bouffer, mes frangins, quoi ! Qu’est-ce que je vais leur préparer, maintenant ?

Elle : Fais-leur des pâtes !

Lui : Des pâtes ?

Elle : Mais sais-tu seulement faire cuire les pâtes ?

Lui : Ben…

Elle : C’est pourtant facile : Google… tu tapes MACARONI ; ça te changera de MAÇONNERIE…

(Une sonnerie, deux sonneries… à la troisième sonnerie 🙂

Elle : Trois coups… c’est pour toi !

(Quatre sonneries, cinq sonneries…)

Lui : Eh ! C’est encore ta copine Julie… celle là !…

(Les sonneries du téléphone se poursuivent )

Elle : Tu sais ce qu’elle pense de toi, ma copine Julie ?

Lui : m’en fous ! C’est une sotte !

Elle : Une sotte que tu aimerais bien…

Lui : Qu’est-ce que tu vas imaginer ?!

Elle : (l’imitant) « Ta copine Julie est une sotte… même pas initiable… ! » Julie, pas initiable ? Alors Julie pas baisable ! (elle fait un bras d’honneur ou quelque geste obscène)

Lui : Alors oui, tu décroches ?

(Elle prend le combiné, en colère)

Elle : ALLO !… Ah, c’est vous Jean-Paul ? (radoucie)… oui…oui…oui… (un temps) oui, il est près de moi. Je vous le passe, Jean-Paul… (Elle lui passe le combiné) c’est ton Frère Jean-Paul !

Lui : Jean-Paul ? Salut mon Frère ! Alors, tu arrives ?… comment ?… Tu ne peux pas venir à notre réunion… ni au dîner ? Ginette a fait des pâtes !… Tu avais oublié… que… que tu avais réservé… où ça ? Au théâtre ?!!!

(Pendant ce dernier échange, elle s’est esquivée)